Bertrand Delanoë à Alger :
la colonisation est un fait "particulièrement regrettable"
Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a affirmé lundi 25 avril, peu après son arrivée à Alger que "la colonisation est un fait historique particulièrement regrettable", et qu'il n'y a de "sociétés civilisées" que s'il y a "des peuples égaux".
"C'est mon sentiment de citoyen", a précisé le maire de Paris devant le wali (préfet) d'Alger, Mohammed Kebir Addou, l'ambassadeur de France, Hubert Colin de Verdière, et de nombreuses personnalités de la ville. "Il faut oser la vérité", a ajouté M. Delanoë. "Pour moi, la colonisation n'est pas un fait positif", "des sociétés civilisées ne sont civilisées que si les peuples sont égaux".
"Nous avons une histoire commune, cette histoire a créé des affections, mais aussi des souffrances et des blessures", a-t-il souligné. "Quand des fautes sont commises, tout le monde doit les regarder en face." M. Delanoë a rappelé les paroles de l'ambassadeur de France, qui le 27 février à Sétif, dans l'est algérien, avait évoqué les massacres du 8 mai 1945 dans le Constantinois en parlant de "tragédie inexcusable".
"Il faut poursuivre sur ce chemin", a-t-il souligné, rappelant qu'il avait fait mettre en place à Paris une plaque à la mémoire des Algériens jetés à la Seine le 17 octobre 1961 – "et je l'ai changée chaque fois qu'elle a été abîmée" – et baptiser une place au nom de Maurice Audin, mort en 1957, en pleine guerre d'Algérie, sous la torture des militaires français.
"Le fait colonial est injuste, ce qui est juste, c'est un peuple libre", a dit encore le maire de Paris, pour qui "un peuple ne peut accéder à l'égalité avec un autre que par l'indépendance". "Quand Willy Brandt s'est mis à genoux pour demander pardon au nom de l'Allemagne, il a grandi l'Allemagne", a-t-il jugé : "On ne s'abaisse pas quand on reconnaît ses fautes".
Interrogé par des journalistes sur l'éventualité d'un "acte fort" de Jacques Chirac, il a estimé que la question était "pertinente". "Mais, a-t-il ajouté, je ne vais pas faire la leçon au président de la République, c'est sa responsabilité".
"RÔLE POSITIF DE LA PRÉSENCE FRANÇAISE"
Les déclarations du maire de Paris à Alger ne sont sans doute pas étrangères au début de polémique qui a éclaté en France au mois de février dernier. En effet, le 23 février, le Parlement français votait une loi dont un des articles demandait que les programmes scolaires "reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer".
Peu de temps après avoir été votée, cette loi a provoqué de vigoureuses protestations, notamment d'historiens et d'enseignants, pointant "le mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu'au génocide".
Signataires d'une pétition lancée en mars et qui a recueilli un millier de signatures, des historiens comme Claude Liauzu, Gérard Noiriel et Gilbert Meyriel ont demandé l'abrogation d'une loi qui "impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au cœur de la laïcité". Affirmant que sa colère serait la même si "on demandait de dire que la colonisation était épouvantable", Gilbert Meyniel a expliqué qu'il craignait avec cette loi "des exagérations des deux côtés", alors qu'en Algérie, par exemple, un effort était fait pour donner aux manuels scolaires une vision moins unilatérale de la guerre d'Algérie.
Les protestations contre la loi du 23 février sont également intervenues dans un contexte de revendications, par différents groupes communautaires musulmans et noirs africains et d'outre-mer, de reconnaissance du poids de la colonisation et de l'esclavage sur les discriminations vécues aujourd'hui par les enfants d'immigrés.
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