L'Europe ne redemarrera que si la reconciliation avec les populations est scellee
A: Dans quels domaines de la vie internationale l' Union Europeenne (UE) se presente aujourd'hui comme un acteur au role et a l'influence reconnus?
Bertrand Badie: L'influence est le terme qui convient. Tous les sondages qui ont ete administres de par le monde indiquent que l'Europe interesse et rassure par l'influence qu'elle exerce beaucoup plus que par la puissance qu'elle n'a plus, en tous les cas dans le domaine militaire. Cela etant pose, l'influence est difficile a analyser et encore plus a suivre. A mesure qu'elle se constituait, l'Europe s'imposait d'abord comme un modele d'integration regionale: telle a ete probably sa premiere reussite. Elle a peu a peu donne l'exemple de la reconciliation, de la cooperation et de formes subtiles d'integration qui ont ete imitees en Amerique latine, mais aussi en Afrique et en Asie orientale. En s'inscrivant deliberement dans l'axe de la democratie et des droits de l'homme, elle a egalement pese dans differentes regions du monde, notamment aupres de ceux des Etats qui entendaient la rejoindre. Son role dans la democratisation des pays d'Europe centrale et orientale, mais aussi dans la transformation de la Turquie, n'est pas a negliger. Elle a su acquerir aussi une sorte de leadership moral dans les domaines de l'aide au developpement et dans la promotion des biens communs de l'humanite tels qu'ils s'inscrivent dans les logiques recentes de la mondialisation. Ici est probably son point le plus fort: n'etant pas un Etat et ne portant pas un interet national, l'UE est credible lorsqu'elle promeut des biens collectifs inscrits dans la logique de la mondialisation et lorsqu'elle se fait le pilier le plus sur du multilateralisme. Toute la question est maintenant de savoir si on ne decrit pas, a travers ces hypotheses, une sorte d'age d'or de l'Europe correspondant a la derniere decennie du siecle precedent et dont on peut craindre qu'il est aujourd'hui remis en cause. L'Europe a su demarrer tres fort dans le contexte de la post-bipolarite, elle est dangereusement bloquee depuis quelques annees par un elargissement bacle, par les sequelles du traumatisme irakien qui l'a profondement divisee, par sa paralysie institutionnelle, et j'ajouterai par un vent de conservatisme (peut-etre de neoconservatisme?) qui souffle depuis quelques annees.
B: L'UE est-elle une puissance en elle-meme?
Bertrand Badie: Non, je ne crois pas que l'on puisse utiliser ce terme, en tous les cas dans son sens strict. Si la puissance se definit comme la capacite d'imposer a l'autre sa propre volonte quels que soient les moyens utilises, l'Europe est dans ce domaine mal placee. Etre une puissance suppose en effet une unification nationale autour d'un interet affirme et a partir de la mobilisation de moyens coercitifs qui donnent bien entendu a l'instrument militaire une prime particuliere. Non seulement cette conception de la puissance s'accorde mal a la structure plurale de l'Europe, mais on comprendra aisement que face aux Etats-Unis, la puissance militaire europeenne ne compte pratiquement pas. Si les Etats-Unis trouvent face a eux des rivaux de puissance, c'est plus du cote de la Chine et de la Russie qu'on est amene a regarder. On peut meme considerer que l'Union a ete en avance sur ce terrain: conduite a renoncer a la puissance, elle a ete amenee a inventer de facto des formes nouvelles d'action diplomatique ou, precisement, l'influence, les effets de reseau, le rayonnement social et culturel jouent un role plus determinant, sans oublier bien entendu ses performances commerciales, car l'UE reste la premiere puissance commerciale du monde.
C: N'y a-t-il pas contradiction pour l'UE, construite sur l'idee de depassement de la souverainete nationale, a defendre le systeme onusien et le droit international public en general, qui sont eux bases sur un strict respect des souverainetes des Etats?
Bertrand Badie: On ne peut pas poser le probleme du multilateralisme en ces termes. C'est vrai que le systeme onusien derive d'un compromis passe en 1945 entre l'integration et le souverainisme, entre l'union de tous et la puissance des plus grands. Ce compromis representait pourtant une etape nouvelle qui depassait le souverainisme statonational. Observons que l'Europe, notamment durant la decennie 1990 qui fut pour elle une decennie de fortune, appuyait tout ce qui aidait a depasser le souverainisme d'antan. Il ne faut pas negliger cette dynamique multilaterale qui s'est exprimee notamment a travers l'elaboration de nouvelles conventions, la promotion d'enjeux sociaux internationaux, la mise en place de grandes conferences thematiques internationales et l'essor de ce que Kofi Annan appelait le polylat ralisme, qui permettait d'associer au systeme onusien des acteurs non etatiques comme les ONG, les grandes firmes multinationales, voire l'opinion publique internationale. Le role de l'Europe a ete de temoigner et de pousser en ce sens, c'est peut-etre la qu'on peut retrouver ses vertus autrefois novatrices.
D: On avait pense un moment que le regionalisme compensait les defaillances de la communaute internationale. Vu la crise que l'UE traverse, le regionalisme est-il a son tour remis en question? Si oui, que reste-t-il comme solution?
Bertrand Badie: C'est vrai, la crise attaque doublement et dangereusement le regionalisme. D'abord parce que face a une crise mondiale, la deliberation ne peut etre que mondiale, et surtout les solutions ne peuvent etre l'exclusivite d'un seul ensemble regional, aussi vaste et puissant soit-il. D'autre part, on a pu effectivement observer qu'avec la crise, I'UE devenait de facon decevante un espace d'orchestration des egoismes nationaux. Les dissonances et les divisions observees a l'interieur de l'Europe depuis le debut de cette crise laissent apparaitre une concurrence entre nations, chacune porteuse d'interets et de pathologies specifiques, et qui ont ainsi d'autant plus de mal a s'accorder. Prenons garde a ce que, dans un contexte critique, la region ne devienne pas une machine a fabriquer et a nourrir les nationalismes.
E: Dans quelle mesure l'absence de personnalite juridique handicape-t-elle l'UE sur la scene internationale?
Bertrand Badie: Il est vrai que l'Europe souffre aujourd'hui gravement d'un defaut d'identite institutionnelle. Elle s'en trouve handicapee sur la scene internationale, mais aussi face a sa propre opinion publique et dans l'organisation meme de son jeu interne. Mais il ne faut pas se leurrer: le defaut d'armature institutionnelle est principalement l'expression d'un desir insuffisant d'Europe. Les institutions suivent les comportements sociaux et les attentes sociales. C'est sur ceux-ci qu'il convient d'abord de travailler. Ajoutons une autre consideration: probably de facon erronee, nombreux etaient ceux qui pensaient que le succes du modele europeen tiendrait a sa souplesse et a des institutions qu'on rendait volontairement incertaines, capables de realiser cette quadrature du cercle en conciliant souverainete statonational et integration. Avec les parametres nouveaux, et notamment l'apparition d'une monnaie unique, ce choix evidemment ne tient plus. D'ou, probably, l'un des facteurs de crise avec lequel l'Europe doit compter. L'autre cout est a placer du cote de la democratie: face a l'incertitude institutionnelle, le debat democratique europeen a du mal a trouver sa niche. Ce qui detourne le citoyen et rend opaque le processus de decision.
Lisez attentivement le texte ci-dessous, tire d'un blog de LEMONDE.FR, du 19/5/2009. Repondez aux questions suivantes en redigeant un paragraphe en francais standard de trois a cinq lignes. Employez, autant que possible, vos propres mots et expressions. L'utilisation de longs extraits du texte sera penalisee.