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LÍNGUA FRANCESA 2015
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Questão 2015
Recurso visual da questão
Texto Auxiliar 1

(Claude Lévi-Strauss est invité par Georges Dumas au
poste de professeur de sociologie à l'Université de São Paulo)
[…] Le Brésil et l'Amérique du Sud ne signifiaient
rien pour moi. Néanmoins, je revois encore, avec la plus
grande netteté, les images qu'évoquèrent aussitôt cette
proposition imprévue. Les pays exotiques m'apparaissaient
comme le contrepied des nôtres, le terme d'antipodes trouvait
dans ma pensée un sens plus riche et plus naïf que son contenu
littéral. On m'eût fort étonné en disant qu'une espèce animale
ou végétale pouvait avoir le même aspect des deux côtés du
globe. Chaque animal, chaque arbre, chaque brin d'herbe,
devait être radicalement différent, afficher au premier coup
d'œil sa nature tropicale. Le Brésil s'esquissait dans mon
imagination comme des gerbes de palmiers contournés,
dissimulant des architectures bizarres, le tout baigné dans une
odeur de cassolette, détail olfactif introduit subrepticement,
semble-t-il, par l'homophonie inconsciemment perçue des mots
« Brésil » et « grésiller », mais qui, plus que toute expérience
acquise, explique qu'aujourd'hui encore je pense d'abord au
Brésil comme à un parfum brûlé.
Considérées rétrospectivement, ces images ne me
paraissent plus aussi arbitraires. J'ai appris que la vérité d'une
situation ne se trouve pas dans son observation journalière,
mais dans cette distillation patiente et fractionnée que
l'équivoque du parfum m'invitait peut-être déjà à mettre en
pratique, sous la forme d'un calembour spontané, véhicule
d'une leçon symbolique que je n'étais pas à même de formuler
clairement. Moins qu'un parcours, l'exploration est une fouille:
une scène fugitive, un coin de paysage, une réflexion saisie au
vol, permettent seuls de comprendre et d'interpréter des
horizons autrement stériles.
Je fus donc bien étonné quand, au cours d'un déjeuner
où m'avait emmené Victor Marguerite, j'entendis de la bouche
de l'ambassadeur du Brésil à Paris le son de cloche officiel:
« Des Indiens? Hélas, mon cher Monsieur, mais voici des
lustres qu'ils ont tous disparus. Oh, c'est là une page bien
triste, bien honteuse, dans l'histoire de mon pays. […]. Mais,
comment reprocher aux colons portugais d'avoir participé à la
rudesse générale des mœurs? Ils se saisissaient des Indiens, les
attachaient aux bouches des canons et les déchiquetaient
vivants à coups de boulets. C'est ainsi qu'on les a eus, jusqu'au
dernier. Vous allez, comme sociologue, découvrir au Brésil des
choses passionnantes, mais les Indiens, n'y songez plus, vous
n'en trouverez plus un seul… »
Claude Lévi-Strauss Tristes tropiques Paris,
1955 (Extrait, chapitre V. p. 37-39) (adapte)

Selon le texte VI, jugez si les items ci-après sont vrais (C) ou faux (E).

  1. L'expression « saisie au vol » (l. 27 et 28) est utilisée par Lévi-Strauss pour mettre en relief l'aspect subtil de sa compréhension du Brésil.

  2. L'auteur utilise le mot « coin » (l.27) pour exprimer son admiration envers les paysages brésiliens.

  3. L'expression « son de cloche » (l.32) signifie dans le texte la colère.

  4. L'expression « Je n'étais pas à même de » (l.25) pourrait être remplacée, sans changer le sens de la phrase, par je me refusais à.