J'entends la voix de mon père algérien. Je suis avec
les enfants mixtes. Nous restons ensemble. Nous nous
reconnaissons.
Je ne sais pas les familles algériennes. Je refuse les
invitations des familles françaises. Leur regard. Leurs mots.
Leur jugement. Leur Algérie française. Je parle avec des mots
d'arabe intégrés à ma langue maternelle. Des incursions. Je
ferme mes phrases par hachma.
J'ai deux passeports. Je n'ai qu'un seul visage
apparent. Les Français ne comprennent pas. Je construis un
mur contre les autres. Les autres. Leurs lèvres. Leurs yeux qui
cherchent sur mon corps une trace de ma mère, un signe de
mon père. « Elle a le sourire de Maryvonne. » « Elle a les
gestes de Rachid. » Être séparée toujours de l'un et de l'autre.
Porter une identité de fracture. Se penser en deux parties. A qui
je ressemble le plus? Qui a gagné sur moi? Sur ma voix? Sur
mon visage? Sur mon corps qui avance? La France ou
l'Algérie?
J'aurai toujours à expliquer. À me justifier. Ces yeux
me suivront longtemps, unis ensuite à la peur de l'autre, cet
étranger.
Seule l'écriture protègera du monde.
Qui serai-je en France? Où aller? Quels seront leurs
regards?
Être française, c'est être sans mon père, sans sa force,
sans ses yeux, sans sa main qui conduit. Etre algérienne, c'est
être sans ma mère, sans son visage, sans sa voix, sans ses mains
qui protègent.
Qui je suis? Amine choisira à l'âge de dix-huit
ans. Il occupera son camp. Il deviendra entier. Il défendra un
seul pays. Il saura, enfin. Moi, je suis terriblement libre et
entravée.
1-La honte!
Nina Bouraoui Garçon manqué 2000
Jugez, à la lumière du texte II, si les items suivants sont vrais (C) ou faux (E).
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L'écrivaine souffre de l'indifférence des Algériens à son égard.
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Dans cet extrait, Nina Bouraoui parle de la douleur que lui cause la séparation de ses parents.
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L'auteure considère qu'être binational est une richesse.
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L'écrivaine considère que le service militaire représente une aubaine pour Amine définir une nationalité unique.