Les deux carrières de Giraudoux: complémentaires mais concurrentes
Le règne de Jean Giraudoux au Commissariat reste encore assez controversé dans l'historiographie sur la « drôle de guerre » ainsi que dans la littérature portant sur Giraudoux lui-même. Alors que l'échec du Commissariat général à l'Information est communément accepté par l'ensemble des historiens et acteurs de l'époque, celui de son chef est beaucoup moins unanime. Deux visions s'opposent dans ce débat où les nuances sont plutôt absentes, mis à part la vision éclairante de l'historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac. D'un côté, dans ce que nous podemos qualifier des « amis de Giraudoux », le chef de la propagande française est présenté comme une victime des circonstances, alors que certains auteurs vont carrément jusqu'à l'apologie, comme en fait foi l'extrait suivant d'André Beucler: « Imperturbable, rempli d'idées et d'air optimiste, Giraudoux assistait à la lutte invisible, parfois courtoise, des intérêts personnels et endura la cacophonie, la promiscuité administrative avec la sérénité d'un héros de tragédie. »
De l'autre côté, les « anti-Giraudoux » le présentent parfois comme un instrument du pouvoir, mais insistent surtout sur son incompétence en matière de propagande, como le déclare Henri Amouroux: « Le virtuose littéraire le mieux doué de sa génération, mais précieux, élégant, sans vulgarité, l'homme en réalité le moins fait pour diriger un service de propagande qui réclame l'intelligence des foules et non celle des dieux grecs, le sens des formules rudes et simples et non l'art des phrases longues, subtiles et merveilleusement alambiquées. » La principale lacune de l'historiographie, même pour un auteur remarquable comme Crémieux-Brilhac, est d'avoir sous-estimé l'incompréhension de Giraudoux par rapport aux exigences de la propagande moderne qui nécessite des investissements massifs et un organisme central possédant un pouvoir politique important. Comme intellectuel engagé, Giraudoux n'arrive pas à s'adapter adéquatement à ce type de « guerre psychologique totale ».
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Giraudoux est entré au service diplomatique le 14 juin 1910, comme élève vice-consul au Ministère des Affaires Étrangères (MAE), où il a eu un début de carrière sérieux et traditionnel, gravissant les échelons un à un. (…) Dans l'entre-deux-guerres, Giraudoux sera fortement impliqué dans la conduite de la propagande par le MAE, notamment en devenant chef du Service des Œuvres Françaises à l'Étranger (SOFE) en 1921. Il prendra ensuite la tête du service de presse et d'information du MAE en 1924, un poste qui préfigure son expérience au CGI en 1939-1940. Cependant, como presque tout ce qui concernait la propagande étatique en France pendant l'entre-deux-guerres, ce service était fortement critiqué et Giraudoux n'y a jamais été reconnu pour son zèle. Pendant les dix années suivantes, Giraudoux continue sa carrière au MAE sans grand fracas, occupant différentes fonctions. Sa dernière mission officielle, avant le CGI, date de 1934 où il est chargé de « l'Inspection générale des postes diplomatiques et consulaires», un poste relié à la diffusion de la propagande du MAE à travers ses bureaux à l'étranger, ce qui l'amène à voyager à travers le monde ».
Ce parcours semble impressionnant à première vue. Il est évident que Giraudoux possédait une expertise et une connaissance de la question de la propagande qui expliqueraient très bien sa nomination comme chef du CGI. Toutefois, une analyse plus approfondie de son parcours diplomatique démontre que Giraudoux est un « fonctionnaire nonchalant», pour reprendre l'expression de Jean-Baptiste Duroselle. Malgré toute l'admiration dont fait preuve l'historien Jacques Body à l'égard de Giraudoux, il ne peut que reconnaître que celui-ci ne s'est jamais donné à fond dans sa carrière de diplomate. D'ailleurs, les différents spécialistes sur Giraudoux partagent tous la même vision selon laquelle il était un fonctionnaire peu zélé, n'ayant pas vraiment d'aptitudes pour diriger un quelconque service. Dans les années 1930, la carrière de Giraudoux ne lui sert que dans la mesure où elle lui assure un salaire et une liberté d'action pour se consacrer entièrement à l'écriture.
L'autre carrière de Jean Giraudoux, celle d'écrivain, est de loin la principale activité qui lui a valu d'être mondialement connu et de rester, encore de nos jours, un personnage culturel important de la France contemporaine. Comptant plus de cinquante œuvres à son actif, autant des romans, des pièces de théâtre, des scénarios de films que des ouvrages où il expose sa vision du monde, Giraudoux est un auteur prolifique, apprécié du public et respecté autant en France qu'à l'étranger.
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MARCEAU, Guillaume. Jean Giraudoux, un écrivain-diplomate à la tête d'une propagande d'État (1939-1940). In: Actes du 7e colloque étudiant du Département d'histoire de l'Université Laval. Sous la direction de Julien Massicotte, Maria Neagu et Stéphane Savard. Québec: Éditeur Artefact, p. 96-98.
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